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Le financement du bouclier tarifaire

ENTRETIEN AVEC MARC TOUATI ECONOMISTE, PRÉSIDENT DU CABINET ACDEFIC

 

Le bouclier tarifaire a été mis en place par le gouvernement Castex en septembre 2021, dans le cadre du projet de loi de finances 2022, suite à la hausse des prix de l’énergie en France et en Europe. Entretien avec Marc Touati, économiste, président du cabinet ACDEFI

Comment est financé le bouclier tarifaire ?

Pour rappel cela a déjà coûté 25 milliards d’euros (entreprises et ménages compris) et pour 2023, ce sera 40 milliards d’euros supplémentaires. Cela monte très vite et très haut ; c’est la politique du « quoi qu’il en coûte ». Or, durant la crise Covid, c’était la banque centrale européenne qui finançait cette politique,avec des taux d’intérêt à 0 %, cela ne coûtait
donc rien à la France. Aujourd’hui ce n’est plus du tout le cas, les taux d’intérêt ont remonté et ce sont les finances publiques françaises qui financent le bouclier. De plus, ce qui a généré l’inflation c’est trop de planches à billets de la BCE ; et quand on crée trop de demandes par rapport à l’offre, c’est la base de l’économie, les prix flambent.

La situation n’est-elle pas dangereuse ?

Bien sûr, c’est le cas pour notre pays ; on a le risque que cette hausse de dette publique (3 000 milliards d’euros, soit 120 % du PIB) ne se finance plus par la BCE, ou insuffisamment parce que cela
augmenterait encore les prix, désormais ce sont les marchés qui prennent la main. il faut donc trouver des investisseurs qui acceptent d’acheter notre dette publique ; c’est là où le bât blesse parce que les taux d’intérêt ont changé. La France était encore à des taux négatifs il y a encore quelques mois (2021). Aujourd’hui on est à 10 ans d’obligations de l’État français de 2,9 à 3 %, ce qui revêt
un coût pour les finances publiques françaises, de d’ores et déjà 100 milliards d’euros
! Cette augmentation des taux d’intérêt génère un coût d’augmentation de la dette, de 100 milliards d’euros sur les 10 prochaines années, soit 10 milliards par an.

Mais qui financera la dette en cas d’absence d’investisseurs ?

Si on ne trouve pas assez d’investisseurs capables de racheter cette dette, alors il y a un risque d’augmentation des impôts, notamment sur le patrimoine ou l’épargne. Cependant les entreprises ne
devraient pas être trop concernées, même si toutes les baisses d’impôts qui ont été promises n’auront, à mon avis, pas lieu.

Le quoi qu’il en coûte, une fausse bonne idée ?

La Covid a coûté 550 milliards d’euros, financés par la Banque Centrale européenne, cela a donné l’illusion d’avoir de « l’argent magique » (appelé ainsi par les économistes), mais maintenant, il faut bien payer la facture… Les taux d’intérêt augmentent, balayant sur leurs passages, les taux d’intérêt que payent les entreprises, mais aussi ceux des crédits aux particuliers, alors oui c’était peut-être une bonne idée, mais à court terme ; ce qui n’est plus le cas…

Le FMI a récemment émis une alarme pour la France, que cela signifie-t-il ?

Je ne me souviens pas que ce soit déjà arrivé ; en réalité le FMI (Fonds Monétaire International), a fait un avertissement à la France ; en cause, le fameux quoi qu’il en coûte. Car si rien n’est fait, si le déni continu, alors on risque une baisse de cotation du pays à l’horizon 2027, comme la Grèce ou l’Espagne, avec derrière de graves conséquences sociales et sociétales.

Par |2023-01-12T11:01:37+01:00mercredi 7 décembre 2022|Actualités, Economie, Reportages|

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